J’habite au pied du Mont-Royal. Les dimanches d’été, j’entends même en sourdine la rumeur des tam-tams qui rythment mes gorgées de café au lait prises sur la terrasse. Alors quand j’enfile mes runnings, le choix de l’itinéraire est clair. Je file la rue Rachel, je traverse le parc Jeanne-Mance et cap sur la croix, via le chemin Olmsted.
Alors voilà. Je suis là, je suis prête, je suis déterminée, j’ai passé les petites étapes préliminaires nécessaires et je fonce. Je toise le boss de la montagne, Sir Cartier cette fois, qui me regarde de loin, de haut, et qui attend peut-être que je le surprenne un peu plus. Je l’espère. Vas-y gazelle, montre-lui de quoi t’es capable.
C’est un parcours sinueux. On commence par la place publique, celle par où tout le monde passe et où des masses de profils s’agglutinent pour former un tout monotone et anonyme. On prend à droite devant les deux lions, comme pour leur montrer qu’on ne se laissera pas mordre les pattes.
Première ascension. J’ai les poumons gorgés de défi. J’y arriverai je le sais.
Je cours, je buche, je mets un pied devant l’autre sans relâche. Je lance une première offensive qui fait palpiter mes tempes. Le moral est bon, jusqu’ici tout va bien.
Je sens tout de même l’effort, et ça me rappelle radicalement que l’épuisement est toujours imminent quand on fait face à une telle montagne devant soi. Mais il ne faut surtout pas penser à tout le chemin qu’on a à faire, non ça c’est mortel. Plutôt redoubler d’efforts, malgré toutes les pensées anti-sadomasochistes qui parcourent notre esprit à mesure qu’on fait son chemin.
Deuxième offensive. On rentre dans le vif du sujet, c’est la course. Il faut se donner pour la franchir celle-là. Tu manques d’inspiration gazelle? T’as le souffle court? On s’en fout, cours sans regarder derrière, sans avoir peur de tomber parce qu’au pire tu te relèveras et puis c’est tout.
Pense à autre chose. Regarde ton profil par terre. Tu te scrutes, tu t’étudies. Tu te demandes si tu n’aurais pas mieux fait de prendre un autre tournant pour te révéler sous un autre jour, même si tu sais bien que non, que tu fais exactement ce qu’il faut faire pour se rendre au belvédère, qui n’est même pas visible d’où tu es. Le belvédère. Cet immense plateau du haut duquel on observe la ville et où l’on mesure la taille de ses efforts. Endorphines. Euphorie. La ville brandée devant soi.
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À la maison, j’ai peint un mur avec de la peinture à tableau d’école, il y a des craies et tout le monde est invité à y inscrire son petit commentaire. Ma mère a écrit « La vie, c’est aussi le chemin ». Merci maman.
vendredi 6 novembre 2009
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